Au Havre, le muséum de la ville propose jusqu'au 31 décembre une exposition d'artistes contemporaines africaines, organisée par la Fondation Positive Planet. « L’Autre Continent » rassemble une dizaine d'artistes nées ou établies en Afrique subsaharienne qui depuis les années 1980 prennent la parole par le biais de l'art.

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Neuf artistes femmes africaines, neuf personnalités pour raconter l'histoire d'un continent en photos, sculptures, vidéos, peintures, c'est ce que propose la ville du Havre dans L’Autre Continent.

« Le continent noir »

« Le titre fait référence à l’expression de Sigmund Freud qui parlait du ''continent noir'' en parlant du sexe féminin qui restait à découvrir, raconte la commissaire Camille Morineau.Il y a évidemment l’idée du continent subsaharien, c’est la partie de l’Afrique qui n’est pas l’Afrique du Nord, qui a aussi toute une autre histoire. Et associer les deux, c’est souligner le fait que, aujourd’hui, en histoire de l’art, on a tendance à oublier aussi bien les femmes que l’Afrique. Oublier ou plutôt ne pas avoir assez d’informations sur ces deux histoires. Donc l’idée est de participer à une redécouverte et de la faire dans cette ville du Havre qui a aussi une histoire africaine à redécouvrir. »

Le Havre, à 200 km de Paris, est un port qui s'inscrit dans une histoire des colonies. C'est aussi une ville qui a été entièrement détruite lors des bombardements de la Seconde Guerre mondiale et qui a su se réinventer. Un symbole pour ces artistes originaires du Nigéria, de Madagascar, du Kenya, du Zimbabwe et du Sénégal, comme Seni Awa Camara, figure légendaire, qui sculpte des animaux et des esprits aux formes hybrides. Pour Sue Williamson, c'est la lutte contre l'apartheid et ses héroïnes ordinaires qui ont forgé son œuvre :

De Winnie Mandela à Maggie Magaba

« J’ai fait une série de 17 portraits, certains d’entre eux concernant des femmes célèbres comme Winnie Mandela, explique l’artiste sud-africaine, mais d’autres portraits concernaient des femmes inconnues comme Maggie Magaba qui travaillait comme domestique et représentait l’armée des femmes noires sud-africaines obligées de quitter leur famille pour aller gagner un peu d’argent en gardant les enfants de leurs employeurs blancs. Je voulais que ces femmes soient reconnues. Et cette série de portraits a voyagé aux quatre coins du monde. On en a fait aussi des cartes postales qui sont aujourd’hui encore en circulation. Elles sont dans les collections du musée d’art moderne de New York. Ce sont des petites images, très populaires dans les années 1980. »

Sue Williamson filme aussi son pays aujourd'hui à travers les conversations d'une famille ou d'hommes et de femmes qui abordent la question du racisme, du pardon, de la liberté.

La reconnaissance des gays et lesbiennes

Sa compatriote, la photographe Zanele Muholi, fait de la lutte pour la reconnaissance des gays et lesbiennes un axe de son travail. Elle expose des photos en grand format à l'extérieur du musée, des portraits grimés pour dénoncer la représentation stéréotypée des femmes africaines. Neuf artistes à découvrir qui parlent de la condition de la femme, de leur pays, de leur histoire intime.(rfi)